Le drame de Mayerling : suicide ou assassinat ?

par damino - 4241 vues - 0 com.
Crime, criminel, complot, guerre.

 

Mayerling



    Le 30 janvier 1889, l'archiduc héritier d'Autriche Rodolphe, fils de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche et de l'impératrice Élisabeth, dite Sissi, fut retrouvé mort en compagnie de sa maîtresse, la baronne Marie Vetsera, dans son pavillon de chasse de Mayerling.  Depuis une question ne cesse de se poser : suicide ou crime politique ?

Les origines



    Le héros malheureux du drame de Mayerling, Rodolphe de Habsbourg, naquit le 21 août 1858 à Vienne.
Il était le fils de l'empereur autrichien François-Joseph et d'Elisabeth d'Autriche, dite Sissi.  Cette dernière était issue de la famille des Wittelsbach, celle de Louis II de Bavière qui avait sombré dans la folie.  D'esprit plus sain que son cousin, Elisabeth n'en était pas moins instable et anxieuse.
De son côté, François-Joseph incarnait le sens de l'ordre et la discipline.  Il se distinguait également par un caractère plutôt borné et était fermé aux idées nouvelles.

    Rodolphe, en qualité d'héritier impérial, fut élevé à la prussienne mais, devenu adolescent, il sembla davantage être inspiré par l'art et la poésie que par ses futures obligations.  D'un caractère proche de celui de sa mère, il était un rêveur, sensible aux idéaux de fraternité et de générosité.  A ce titre, il fut un grand admirateur de la Révolution française.
La personnalité de Rodolphe s'avéra de plus en plus instable : tantôt enthousiaste, tantôt complètement abattu et déprimé.  L'ambassadeur de France alors en poste à Vienne écrivit à son sujet : "Par l'imagination et la sensibilité, il est bien le fils de sa mère.  Son adolescence est inquiète de toutes les inquiétudes, les plus nobles comme les plus charnelles.  Il a soif de justice, de fraternité comme de volupté.  Mais un jour viendra peut-être, où, ne les ayant pas rencontrées ici bas, il n'aura plus soif que de néant...".

    A l'âge de dix-huit ans, Rodolphe commença à collectionner les amours mais les comtesses ne firent que défiler brièvement autour de lui. 
Il adopta également des idées libérales et devint un opposant à l'Allemagne de Guillaume Ier et de Bismarck, souhaitant une alliance avec la France contre les Allemands.  Il publia, de manière anonyme, un écrit en ce sens.

    Inquiet du comportement et des prises de position de son fils, François-Joseph décida de le tenir à l'écart des affaires de l'Etat.  Ce geste ne contribua pas à stabiliser la personnalité de Rodolphe.

    En 1883, Rodolphe fut marié pour des raisons politiques à Stéphanie, la fille du roi des Belges Léopold II.  Nullement attaché à son épouse qu'il jugeait sans intelligence, Rodolphe la baptisa rapidement d'un surnom: "La paysanne flamande".
En 1885, Stéphanie accoucha d'une fille et, bientôt, il apparut qu'elle ne pourrait plus avoir d'autres enfants.  A tout jamais privé d'héritier, Rodolphe n'en devint que plus sombre et plus déprimé.  Le fait de collectionner nombre de maîtresses ne lui apporta aucune satisfaction.
Devenu consommateur d'alcool, il devint également adepte de la morphine. 
En 1886, il apprit le décès de son parent, Louis II de Bavière, devenu fou et décédé dans des circonstances étranges officiellement désignées "suicide".

    En 1887, Rodolphe prit pour maîtresse un modèle du nom de Mizzi Kaspar.  Peu après, il lui proposa un suicide en commun.  Mizzi prit ses distances...
La princesse Stéphanie, délaissée, multiplia les scènes de ménage.  Rodolphe, à plusieurs reprises, y répondit par des discours insensés puis proposa à son épouse de la tuer et de se suicider ensuite. 
La santé du prince héritier alla en déclinant, peut être du fait de l'abus de morphine.

    En 1888, à l'occasion d'un bal donné à Vienne, Rodolphe fit la connaissance d'une jeune fille de dix-sept ans, Marie Vetsera.  Conquis, il revit régulièrement la jeune femme, allant jusqu'à l'inviter dans ses appartements privés du palais impérial.
Amoureux fou, Rodolphe proposa le mariage à Marie le 13 janvier 1889, décidé à obtenir du pape l'annulation de son mariage et résolu à renoncer à la couronne impériale.
Le  27 janvier 1889, un bal fut donné à Vienne pour l'anniversaire de l'empereur d'Allemagne et fut présidé par la princesse Stéphanie.  A son apparition, toutes les femmes se courbèrent sauf une : Marie Vetsera.
Le lendemain, alors que la cour ne parlait que de cette conduite scandaleuse, Stéphanie s'entretint avec son beau-père lequel convoqua son fils.  L'entrevue entre les deux hommes dura des heures et, si l'on ignore ce qui fut dit, il est reconnu que l'affrontement fut violent.
Le jour même, Rodolphe retrouva Marie et, ensemble, ils partirent pour Mayerling, un pavillon de chasse situé à quarante kilomètres de Vienne.

Mayerling



    Le 30 janvier 1889, à Mayerling, Rodolphe fut aperçu par son valet, Johann Loschek, à six heures du matin.
A sept heures, le valet se présenta à la chambre de son maître et, frappant à la porte durant une dizaine de minutes, n'obtint pas de réponse. 
Inquiet, le valet alla trouver le comte Hoyos, l'un des accompagnants de Rodolphe, qui décida d'enfoncer la porte de la chambre de l'héritier impérial.  Toutefois, mis au courant de la présence dans la pièce de Marie Vetsera, Hoyos prit instruction auprès du prince Philippe de Saxe-Cobourg qui se trouvait lui aussi sur place.  A sept heures trente, la porte fut enfoncée.

    Dans la chambre, les trois hommes trouvèrent les corps ensanglantés de Rodolphe et de Marie Vetsera, le premier à même le sol, la seconde reposant sur le lit.  Tous deux présentaient des blessures à la tête.  Dans la main de Rodolphe, on découvrit un revolver.  Sur le bureau voisin, on découvrit deux lettres d'adieu: l'une écrite par Marie Vetsera à sa mère ("Nous sommes à présent très curieux de savoir comment est fait l'autre monde.  Pardonnez-moi ce que j'ai fait, je ne pouvais résister à l'amour"), l'autre rédigée par Rodolphe dans un style étrange ("Je n'ai plus le droit de vivre.  Je meurs contre mon gré").

    Le lendemain, 31 janvier, le docteur Hermann Widerhofer remit ses conclusions à François-Joseph.  Il déclara que Rodolphe était mort d'une balle dans la tête.  Il précisa également que Marie Vetsera était morte la première, car allongée sur le lit et tenant une rose entre les mains.
Pour préserver l'image de la dynastie, l'empereur François-Joseph fit l'impossible pour obtenir du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement (envoi après le télégramme diplomatique officiel d'un autre télégramme codé dans lequel l'empereur annonçait que son fils avait été tué), et non à l'écart comme l'église l'imposait à l'époque à tous les suicidés.  La thèse officielle parla de « crise cardiaque » ou d' « apoplexie ».
En tout état de cause, on fit à Rodolphe des funérailles grandioses.  Il fut inhumé dans la crypte impériale des Capucins à Vienne, et non au cimetière d'Heiligenkreuz, à côté de Mayerling, comme il en avait exprimé le souhait dans sa lettre d'adieu, demandant par ailleurs à être enterré aux côtés de Marie Vetsera.

    Cette dernière eut droit à des funérailles tragi-comiques.  Deux envoyés de l'empereur furent chargés de l'emmener au cimetière d'Heiligenkreuz mais avec instruction de faire comme si elle n'avait pas été tuée à Mayerling.  La victime fut donc conduite à sa dernière demeure assise sur un traîneau, coincée entre les deux hommes, une canne dissimulée sous ses vêtements afin de lui maintenir le dos droit.

Où est la vérité ?



  Le drame de Mayerling fut-il un double suicide ou un double meurtre ?

    Une théorie, fantaisiste, veut que les deux amants ne soient pas morts à Mayerling.  Rodolphe et Marie auraient mis en scène le drame et auraient pris la fuite à l'étranger afin de vivre leur amour.  Placé devant un fait accompli, François-Joseph aurait, pour éviter un scandale, admit officiellement la mort des deux amants.

    Une autre théorie veut que Rodolphe et Marie aient été demi-frère et demi-soeur.  Lors de l'entrevue explosive avec son fils, François-Joseph aurait révélé à Rodolphe qu'il était le père de Marie Vetsera.  Rodolphe, coupable involontaire d'inceste, n'aurait eu d'autre issue que la mort d'où ses phrases "Je n'ai plus le droit de vivre.  Je meurs contre mon gré".

    La théorie du double suicide d'origine psychologique est nettement plus vraisemblable.  Instable, ayant déjà proposé le suicide à sa femme Stéphanie et à sa maîtresse Mizzi Kaspar, Rodolphe aurait fait une nouvelle tentative avec Marie Vetsera.
Cette dernière, très jeune et folle amoureuse du prince héritier, l'aurait suivi dans la mort par amour.

    Suggérée à demi-mots à l'époque des faits, la thèse criminelle prit petit à petit une importance accrue.  Aujourd'hui, elle est même privilégiée par les historiens.
Dès les premiers jours, plusieurs éléments vinrent jeter le doute sur la version du double suicide et accréditèrent l'hypothèse d'un assassinat.  Plusieurs témoins attestèrent que :
  • le corps de Rodolphe montrait des signes d'une confrontation violente avant sa mort.
  • des lacérations avaient été découvertes sur plusieurs parties du corps.
  • les mains de Rodolphe, très abîmées, montraient des signes de lutte et, contrairement aux usages, l'archiduc fut inhumé avec les mains revêtues de gants noirs.
  • une fenêtre de la chambre avait été défoncée de l'extérieur.
  • le mobilier de la chambre était renversé et fracassé, de larges flaques de sang répandues sur le sol (témoignage du menuisier Frédéric Wolff).
  • le crâne de l'archiduc était enfoncé (témoignage de l'archiduchesse Marie-Thérèse, tante de Rodolphe).
  • le revolver utilisé n'était pas celui possédé par le prince impérial et chacune des six balles en avait été tirée.

    Le 9 février 1889, soit deux semaines après les faits, dans un courrier envoyé à Berlin, l'ambassadeur allemand à Vienne, rapporta une conversation avec le Nonce apostolique et l'aumônier de la cour des Habsbourg-Lorraine : « Les deux prélats, généralement bien informés, ont exprimé leurs doutes les plus sérieux au sujet de la version officielle des événements de Mayerling. »
Le Premier ministre britannique, Lord Salisbury, informa rapidement la reine Victoria que les services de renseignements britanniques détenaient la preuve d'un double assassinat.

    Les raisons de ces deux meurtres auraient été d'ordre politique.  Rodolphe, prince libéral, anti-allemand et francophile, aurait pu, après son accession au trône, bouleverser les alliances européennes alors qu'un nouveau conflit devenait de plus en plus probable entre la France et l'Allemagne.
Par ailleurs, sur le plan de la politique intérieure, Rodolphe envisageait une indépendance de la Hongrie, ce qui aurait signifié la fin de l'empire d'Autriche.
Dotés de mobiles aussi sérieux, les assassins auraient commis leur crime en profitant de la fragilité psychologique bien connue de Rodolphe, ainsi que de l'éloignement du pavillon de chasse de Mayerling.

    Quels auraient été les coupables ?

    Le premier cité est le parti pangermaniste autrichien ou, éventuellement, les services secrets allemands eux-mêmes.  D'aucun prétendirent même que François-Joseph en personne aurait sacrifié son fils à la raison d'Etat.

    Le second parti cité est celui des opposants hongrois.  Il fut en effet établi que Rodolphe avait eu des contacts avec des opposants, dont Pista Karoly, le chef de l'opposition libérale hongroise.
Dans cette hypothèse, des révolutionnaires hongrois auraient contacté Rodolphe afin de convenir d'un complot destiné à renverser François-Joseph et à le remplacer par son fils.
Rodolphe aurait choisi de dévoiler la chose à son père et les Hongrois se seraient vengés par l'assassinat.

    Si les partis en cause restent sujets à caution, beaucoup s'accordent à impliquer le valet de chambre de Rodolphe, Johann Loschek, qui pouvait aisément obtenir un double des clés nécessaires et n'aurait pas - selon ses propres dires, entendu les deux coups de feu mortels...

    Zita de Bourbon-Parme, dernière impératrice d'Autriche ayant régné de 1916 à 1918, donna plusieurs précisions sur les faits en 1983.
Bien que née trois ans après les faits, elle aurait régulièrement entendu parler de la thèse de l'assassinat au palais impérial.
L'archiduchesse Gisèle, soeur de Rodolphe, lui aurait déclaré : "J'ai exigé d'être présente lors de la mise en bière et j'ai examiné attentivement la dépouille de mon frère.  Si Rodolphe s'était suicidé, il aurait porté des traces de brûlure à la tempe.  Mais ce n'était pas le cas, ce qui veut dire que le coup a été tiré de plus loin".
L'ancienne impératrice cita également le feld-maréchal Paar, lequel aurait assité à une discussion entre François-Joseph et sa soeur et lui aurait rapporté le dialogue suivant :
  • "Comment avez-vous pu accepter la version du suicide qui allait compromette la mémoire de votre propre fils ?"
  • "Je ne pouvais pas faire autrement.  Le véritable enjeu était le trône, la destinée de la monarchie et l'équilibre de l'Europe.  Je ne pouvais pas dévoiler la vérité sans déclencher un grave conflit politique sur le plan national et international.  Je n'avais peut-être pas moralement le droit d'agir ainsi.  Mais croyez bien que je ne cesse de penser à tous les tourments et à tous les moments terribles que ce pauvre Rodolphe a dû endurer".

    Suicides ou meurtres politiques ?  La vérité sur les tragiques événements de Mayerling ne sera sans doute jamais connue car, pour raison d'Etat, l'enquête policière réalisée sur les lieux fut plus que bâclée.
En 1946, la tombe de Marie Vetsera fut profanée par des soldats soviétiques à la recherche de bijoux; les personnes qui replacèrent les os en désordre dans la sépulture ne virent aucune trace d'impact de balle sur le crâne.
En 1959, une autopsie des restes fut effectuée en présence d'un parent de Marie Vetsera et révéla que le crâne ne présentait aucune trace de blessure par balle mais bien la trace d'un coup porté avec un objet contondant, peut être un outil de jardinage.
Entre 2001 et 2003, un passionné de l'affaire fit réaliser à ses frais une nouvelle autopsie, non autorisée.  L'intéressé dut rendre les ossements suite à une décision de justice.  Aucun résultat probant n'aurait été obtenu par le biais de ces derniers examens, des parties du crâne ayant été perdues ou endommagées.  Ces dégâts auraient été causés par le temps et par les manipulations successives, parfois effectuées brutalement, de la dépouille.

Source : http://dossierscriminels.site50.net/mayerling/index.html

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